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Montreuil, 18/03/2026
Monsieur Roland Lescure
Ministre de l’Économie des finances de la souveraineté industrielle énergétique et numérique
139, rue de Bercy
75012 Paris
Objet : Demande de table ronde sur l’encadrement des prix de l’énergie, et pour des mesures d’urgence concernant le pouvoir d’achat, la continuité économique et l’industrie.
Monsieur le Ministre,
Le 10 mars dernier, la CGT vous interpellait par voie de presse pour vous demander l’organisation d’une table ronde en urgence face à l’augmentation des prix de l’énergie et la mise en place de mesures immédiates économiques et énergétiques à commencer par le blocage du prix à la pompe.
Depuis, la situation, loin de s’apaiser, s’est durablement aggravée : le baril de Brent s’installe désormais au-delà de 100 dollars, entraînant mécaniquement une hausse continue des prix du gaz, du pétrole et de l’électricité en Europe, notamment en Allemagne et en Italie, avec des répercussions à court et moyen terme pour les ménages, les travailleurs et les entreprises.
L’aggravation du conflit au Moyen-Orient alimente une nouvelle phase de spéculation sur les marchés de l’énergie. Les mesures d’activation partielle des réserves stratégiques françaises et européennes demeurent insuffisantes pour enrayer la flambée des prix : les carburants à la pompe comme les factures d’énergie continuent d’atteindre des niveaux insoutenables, alors même que le coût réel de production d’un litre de carburant reste autour de 0,60 € HT, que les pétroliers disposent de plusieurs mois de réserve et ont dégagé des profits colossaux ces dernières années.
La hausse brutale du coût de l’énergie accentue les difficultés du quotidien et pèse directement sur le pouvoir d’achat.
Pour des millions de salariés utilisant leur véhicule pour se rendre au travail, les dépenses contraintes augmentent fortement, entraînant une dégradation préoccupante de leurs conditions de vie. Cette situation rend indispensable une action rapide pour soutenir les salaires et protéger l’ensemble de la population face à une inflation énergétique persistante.
De nombreux pays — et les Outre-mer — encadrent les prix des carburants.
Ce dispositif, supprimé en France en 1983, doit aujourd’hui être rétabli.
Nous réitérons la nécessité de mettre en place :
De plus, lors des crises énergétiques précédentes, la flambée des coûts avait entraîné des arrêts de certaines productions, des fermetures temporaires de sites et des suppressions d’emplois.
Or les dispositifs de bouclier tarifaire mis en place ces dernières années ont représenté un effort budgétaire
considérable pour l’État, mobilisant plusieurs dizaines de milliards d’euros afin de contenir l’impact de la crise
énergétique sur les ménages et les entreprises. Toutefois, malgré ce coût très élevé pour les finances publiques, ces mesures n’ont pas permis de stabiliser durablement les prix ni d’éviter la forte hausse des factures à laquelle fait face la population.
Le caractère temporaire du bouclier tarifaire, combiné aux fluctuations des marchés internationaux, a montré ses limites : il n’a apporté qu’un répit ponctuel sans répondre structurellement à la question des prix de l’énergie ni à celle du pouvoir d’achat. Cette situation confirme la nécessité de solutions pérennes, régulées et fondées sur les coûts réels.
Afin d’éviter une nouvelle contraction de l’activité, il est essentiel de déployer des mesures adaptées, notamment pour les TPE-PME et les industries stratégiques.
Voici quelques-unes des principales mesures économiques que porte la CGT :
– Mise en place urgente d’une tarification régulée pour sécuriser la continuité des opérations.
– Accès facilité à des contrats long terme fondés sur les coûts réels de production et d’investissements (nucléaire, hydraulique, renouvelables planifiées).
– Accélération des aides à la décarbonation et à l’électrification des procédés industriels.
– Soutien prioritaire aux entreprises stratégiques exposées à la concurrence internationale.
Nous souhaitons également attirer votre attention sur les prises de position croissantes de plusieurs décideurs
européens qui, dans le prolongement des critiques portées par la CGT, remettent en cause le fonctionnement actuel du marché de l’électricité, fondé sur le prix marginal du gaz.
Ces voix appellent désormais à :
– Mettre fin au marché spéculatif de l’électricité.
– Établir un prix basé sur les coûts réels de production et d’investissement.
– Sécuriser des prix stables et prévisibles pour l’ensemble des ménages, collectivité, industriel.
Une telle évolution constituerait une avancée majeure pour la souveraineté énergétique de l’Europe et la protection de son tissu productif.
Nous appelons donc la France à peser de tout son poids pour que la crise actuelle permette une révision du fonctionnement du marché de l’électricité.
Quant au retour à la TVA à 5,5 %, nous réaffirmons notre demande d’une mesure juste, simple et efficace :
– De rétablir le taux de TVA à 5,5 % sur les abonnements de gaz et d’électricité, comme avant le 1er août.
– Et d’abaisser à 5,5 % la TVA sur l’ensemble de la facture d’énergie, ainsi que le porte la pétition initiée par la
FNME CGT.
Cette mesure, immédiatement applicable, allégerait concrètement la charge pesant sur les ménages et les entreprises.
Compte tenu de la gravité de la situation, de son enracinement nous vous demandons la tenue d’une réunion urgente associant l’ensemble des parties prenantes afin d’analyser la situation énergétique, de définir des mesures de protection rapides, d’élaborer des solutions pérennes et de garantir une information transparente.
Je vous remercie de l’attention portée à ces demandes essentielles et reste disponible pour tout échange.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes salutations distinguées.
Sophie Binet,
Secrétaire Générale de la CGT
Article publié le 24 mars 2026.