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Christiane est retraitée des Finances publiques. Toujours syndiquée à la CGT Finances publiques 13, administratrice de la sécurité sociale quand elle était en activité, elle a choisi de s’investir à l’ADEVIMAP - Association des victimes de l’amiante et des maladies professionnelles - dont elle est la présidente.
Interview dans la Marseillaise du 23 juin 2025.
« Les industriels doivent prendre en compte les nouvelles maladies »
Entretien
Christiane De Félice est la présidente martégale de l’association de défense des victimes de l’amiante et des maladies professionnelles.
Dans la continuité de notre étude des projets de réindustrialisation et de décarbonation de Fos-Berre, des questions de santé au travail se posent. Christiane De Félice, présidente de l’Adevimap, y répond.
– La Marseillaise : Comment accueillez-vous les futurs projets industriels ?
– Christiane De Félice : On pense que ce n’est pas pour demain, que c’est un effet d’annonce car rien n’est prêt pour accueillir les entreprises et les travailleurs. Mais on ne peut pas le négliger dans notre réflexion : quels emplois seront créés ? Dans quels métiers ? Externalisés ou intérimaires ? Les industriels vont-ils prendre en compte les nouvelles pathologies émergentes avec les nouveaux produits ? Comment recycler les panneaux solaires ? Quels seront les rejets dans l’air et l’eau ? Car on parle de 12 usines avec 6 000 emplois. Inutile de dire que ça nous inquiète.
Pourquoi vous inquiéter ? Les entreprises n’existent pas encore.
C.d.F. : Depuis la perte des comités d’hygiène, de sécurité et de santé au travail, on a perdu énormément de renseignements, car il n’y a plus de personne dédiée à la veille. Ensuite, pour la reconnaissance des maladies professionnelles, on a une liste de 103 pathologies. Mais les définitions ne correspondent plus à la réalité des maladies d’aujourd’hui. Il y a eu des avancées scientifiques, des modifications des conditions de travail. Le corps médical peut détecter une pathologie, mais est incapable de la déclarer en maladie professionnelle et donc de la faire prendre en charge par la Sécurité sociale car les définitions sont en retard.
Est-ce un réel frein ?
C.d.F. : Oui, car les victimes doivent passer en comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles et prouver le lien de leur maladie avec le travail par des témoignages et des attestations d’exposition. Dans les usines comme LyondellBasell ou Mavrac, l’amiante a été reconnue et on ne peut pas le nier. Mais chez ArcelorMittal, on a des préjudices d’anxiété et la CGT essaye de faire reconnaître le site comme amianté pour la troisième fois depuis 2015, et un inspecteur du travail a fait un rapport sur l’exposition au benzène. Tout cela alors qu’ils ont touché 850 millions d’euros d’aides publiques pour la décarbonation et qu’en 2022, Arcelor rejetait 40% de CO2 de plus que les seuils légaux 240 jours par an.
Il y a donc sous-déclaration ?
C.d.F. : Exactement, ce qui aggrave les maladies professionnelles non prises en compte. Mais ce n’est pas tout. Les troubles musculosquelettiques sont les maladies professionnelles les plus représentées, avec beaucoup d’arrêts de travail, mais très peu déclarées comme telles. Si quelqu’un a un problème de genou, par exemple, il faut faire la déclaration sous 90 jours, autrement c’est prescrit. Le problème, c’est que c’est le premier acte médical qui compte dans le délai de prescription d’une maladie professionnelle. Si on a consulté au départ pour de simples douleurs, que le diagnostic n’intervient que plus tard et que le délai est passé, c’est refusé. Il y a aussi la peur du licenciement ou d’être mal vu. Mais au bout d’un moment, ils se font quand même licencier et il est difficile de retourner au travail. On a beaucoup de mal avec le reclassement de ces travailleurs obligés de partir en invalidité. Pour l’épaule, ce n’est que 35% du salaire en indemnité. Quand on parle majoritairement de smicards, ils ne peuvent plus vivre.
Ce qui explique vos inquiétudes dans la période ?
C.d.F. : Oui, mais ce n’est pas tout. On a de nouveau des inquiétudes sur une fusion envisagée par l’État du Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante et de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, dans le cadre de la réduction des agences de l’État. Le premier indemnise les victimes de l’amiante, ce sont les responsables qui payent. Le second indemnise les erreurs médicales, avec le concours des assurances. On a bataillé en 2021 en faisant front commun avec la CGT et les associations du territoire. Il faut savoir qu’avant, l’indemnisation des victimes des maladies professionnelles ne se basait que sur le travail, avec un taux en fonction des derniers salaires. La cour de cassation a fait entrer en compte le préjudice fonctionnel personnel, que l’on a gagné. Ce qui veut dire que nous avons fait prendre en compte tous les paramètres de la vie dans l’indemnisation du préjudice : si on faisait du sport, du jardinage, s’occuper des enfants, partir en vacances ou sortir pour les loisirs, et qu’on ne peut plus, c’est une indemnisation supplémentaire à celle du travail. C’est important et c’est pour ça que nous travaillons.
Entretien réalisé par Antonin Maja
« La fusion des fonds d’indemnisation de l’amiante, avec celui des erreurs médicales nous inquiète »
Article publié le 23 juin 2025.